"J'ai donné l'or pour la défense, j'ai pris le fer pour l'honneur", tout un programme !
 
medaille ao-fer
  

 

 

Médaille « In Eiserner Zeit », 1916, fer. Coll. Fondation SAN, Cabinet numismatique François Cajot.

 

Au droit, une jeune femme agenouillée tenant dans sa main droite une cassette et présentant de sa main gauche un collier. Légende : IN EISERNER ZEIT, à l’exergue le millésime 1916.
 
Au revers, un texte en plein champ sur cinq lignes, soutenu par deux branches de chêne. GOLD / GAB ICH ZUR / WEHR EISEN / NAHM ICH ZUR / EHR.
Diamètre 42,3 mmm avec cerclage, 40,6 mm sans cerclage. Poids 22,8 gr. Le cerclage empêche de lire la signature dans le bas : HOSAEUS
Namur, SAN, Cabinet numismatique François Cajot
 
Médaille coulée par la firme GLADENBECK & SOHN, fondée à Berlin en 1851. Différents modules ou cerclages existent dont un module de 43 mm de diamètre monté en broche avec un aiguillon mobile. Le Musée de la Ville de Berlin conserve deux modèles en plâtre de cette médaille. Le droit (N° d’inventaire GE 08/225 OS) semblable et un revers légèrement différent de notre médaille (N° d’inventaire GE 07/75 OS).

 

La médaille, au contraire de la monnaie, plus neutre, témoigne souvent de la vie des hommes. Voici une médaille, fondue, en fer, qui vient du Médaillier de la Société Archéologique de Namur. Elle n’est associée à aucune indication de provenance mais nécessite un mot d’explication.

 

Le contexte

 

Durant la Première Guerre mondiale, en Allemagne, comme dans tous les pays belligérants, l’or est nécessaire dans toutes les transactions internationales. Le pays incite donc ses citoyens à donner leur or pour la défense de la patrie. Cela devient d’ailleurs un devoir patriotique en 1916 et bien que cette campagne soit menée sur base volontaire, la pression sociale est considérable. Si l’on fait changer le boîtier en or de sa montre de poche par un boîtier en fer, chaque fois que l’on consulte l’heure, on est reconnu comme « vrai patriote ». Il devient impossible pour une femme de porter des bijoux en or. Même les associations dans les Villes ou les Eglises ne peuvent se soustraire à cette collecte : une partie du patrimoine culturel allemand sera ainsi perdu à jamais dans cette fusion des métaux précieux… En échange, le donateur reçoit une médaille en fer, livrée dans une petite enveloppe de papier, le plus souvent accompagnée d’une attestation ou d’un petit imprimé publicitaire.

 

Le médailleur

Herman Kurt HOSAEUS est né au centre de l’Allemagne à Eisenach en 1875. Dès l’âge de 16 ans et durant deux ans il fréquente l’Ecole des Arts et Métiers de Dresde, puis celle de Nuremberg de 1892 à 1894. Il étudie à l’Académie des beaux-arts de Munich de 1894 à 1896. De 1896 à 1900 il continue de se former à Berlin. C’est dans la capitale qu’il expose pour la première fois en 1899. Dans l’entre deux guerres, il crée de nombreux monuments aux morts. Depuis 1918 il enseigne dans le département d’architecture de l’Université de Berlin, d’abord comme conférencier puis à partir de 1933, comme professeur ordinaire. Il créera quelques médailles dont celle de l’Académie royale des arts de Berlin en 1913, présentant un portrait casqué de Guillaume II, pour les 25 ans de règne, ou la médaille commémorative en l’honneur de morts de la guerre « IK HATT EINEN KAMERADEN », en 1919.

 

Pour en apprendre plus : G. BEKKER, Europaïsche Plaketten und Medaillen des 19. und 20. Jahrhunderts, Leipzig, 2001, n°731.