La Société archéologique de Namur a le plaisir d’annoncer une redécouverte exceptionnelle qui vient enrichir ses collections médiévales : la première page d’un antiphonaire du 15e siècle, considérée comme perdue depuis des décennies, a été identifiée et rattachée au manuscrit qu’elle ouvrait autrefois.
Conservé dans les collections de la SAN (inv. 2), cet antiphonaire provient de l’ancienne abbaye cistercienne de Marche-les-Dames. À l’occasion des recherches menées dans le cadre des expositions consacrées à l’histoire de l’abbaye, un feuillet conservé au Musée diocésain de Namur, jusqu’ici catalogué comme fragment isolé, a pu être formellement identifié comme le premier feuillet du manuscrit de la SAN.
Un puzzle médiéval reconstitué
L’identification est le fruit du travail minutieux d’Anne-Emmanuelle Ceulemans (UCLouvain), qui a analysé l’écriture, les notations musicales, la décoration, les pigments, les dimensions et la mise en page des deux pièces. Les correspondances se sont révélées parfaites : même main de copiste, même structure liturgique, même composition matérielle.
Le feuillet retrouvé s’ouvre sur une lettrine « A » introduisant le chant Alleluia et se conclut, au verso, par les mots « Dum transisset sabba- », début du répons pascal Dum transisset sabbatum, dont la suite apparaît précisément à la page suivante du manuscrit conservé par la SAN. L’enchaînement ne laisse place à aucun doute : le volume a retrouvé son ouverture originale, plusieurs siècles après sa dispersion.
Un patrimoine dispersé, aujourd’hui réuni
Comme de nombreux biens issus des communautés religieuses supprimées à la fin du 18e siècle, les manuscrits de l’abbaye de Marche-les-Dames furent dispersés au 19e siècle. Livres de chant, antiphonaires et fragments épars témoignent de la richesse de la vie liturgique des moniales cisterciennes aux 15e et 16e siècles.
Cette redécouverte illustre l’importance des recherches continues menées sur les collections patrimoniales namuroises. Elle rappelle qu’aucun fragment n’est anodin et que même des œuvres étudiées depuis longtemps peuvent encore livrer de nouvelles révélations.
Un partenariat patrimonial de longue date
La Société archéologique de Namur tient à exprimer sa profonde gratitude au Musée diocésain de Namur qui, par l’entremise de sa conservatrice Hélène Cambier, a accepté que ce feuillet rejoigne définitivement le manuscrit conservé par la SAN. Ce geste, posé dans un esprit de confiance et de collaboration scientifique, permet aujourd’hui de restituer l’intégrité historique d’un témoin majeur du patrimoine écrit namurois.
Fondé officiellement en 1905, soit quelques décennies après la création de la Société archéologique de Namur en 1845, le Musée diocésain partage avec la SAN une histoire patrimoniale longue de plus d’un siècle. Depuis leurs origines, les deux institutions œuvrent, chacune dans son champ spécifique, à la conservation, à l’étude et à la valorisation du patrimoine religieux et artistique de la région.
La réunification de ce feuillet et de son manuscrit illustre de manière exemplaire combien la coopération entre institutions namuroises demeure essentielle pour préserver, comprendre et transmettre notre héritage commun.